Symposium des Officiers de la Suisse Occidentale et du Tessin 2010
Territorialité et Proportionnalité des langues, quelle place pour les minorités linguistiques dans l'Armée de demain

- Brigadier Philippe Rebord, commandant de la Brigade d’infanterie 2
«Réussir ensemble malgré nos différences»
La coexistence des Suisses, en dépit de leurs différences, tient d'un pari multiculturel réussi. Loin du mythe identitaire homogène, la Suisse est l'exemple d'un pays où les identités n'ont pas besoin d’être cohérentes. Grâce au fédéralisme, nous avons, en quelque sorte, territorialisé les identités. La Suisse est forte parce qu'elle est consciente de ses faiblesses potentielles. Nous sommes un pays divers par la situation économico-sociale, par l'Histoire et fondamentalement par les cultures. Le compromis, après débat, et le respect des minorités sont les conditions de la paix civile en Suisse. La Suisse est forte parce que tous savent qu'on ne joue pas avec certains équilibres fondamentaux.
La langue, notamment, n'est pas neutre. Elle véhicule un système de pensée, des images et une manière de vivre. Les minorités latines ont toutes leur place à prendre. Encore faut-il qu'on les accepte!
Le rapport sur l'armée, dans sa version actuelle, est clair. L'armée, dans sa composante active, sera réduite de 120'000 à 80'000 hommes au maximum, et ce pour des raisons purement financières. On peut donc parler d’un démantèlement significatif de l'institution. En outre, le service civil ayant gagné en attractivité, ce ne sont pas moins de 11'664 militaires, aptes au service qui ont demandé à pouvoir bénéficier de ce libre choix ces 18 derniers mois, dont 21,5 % de francophones ( 2'507) et 3,5% d'italophones (405). Des chiffres qui prouvent que les latins ne fuient pas, à tout prix, le service militaire au profit du service civil, comme le démontre les chiffres ci-dessus. Ce qui est rassurant.
Un budget de 4,4 Mia
Il faudra à l’avenir cesser de vivre à crédit, en économisant sur les infrastructures, l'entretien des matériels et les nouvelles acquisitions. Il faudra désormais économiser 500 Mio à 1 Mia par année pour atteindre un budget global de 4.4 milliards.
La réduction des effectifs et des moyens est un défi fondamental pour notre armée plurilingue. Ce défi n'a pas encore été perçu à Berne, trop axés qu'ils sont sur les aspects technologiques et technocratiques, au détriment de la composante citoyenne de l'armée. Pourtant une recrue, un citoyen soldat, a le droit d’être instruite dans sa langue maternelle. La sélection des cadres doit aussi tenir compte de l'alimentation des corps de troupes latins, ce qui n'est pas le cas actuellement, faute de directives strictes indispensables et nécessaires du commandant de l’Armée. L'ignorance, l'indifférence, voire le mépris mutuels de nos diversités et le désintérêt pour notre identité communes menacent l’équilibre interne de notre pays.
L’Armée, un miroir de la société.
Sans le service obligatoire, la Suisse perdrait une des rares occasions qui oblige des citoyens d'origines, de cultures, de langues et de religions diverses à collaborer, à s'entraider et à partager. Pester contre les corvées est aussi un élément fédérateur dans une société aussi hétérogène que la nôtre. Notre armée demeure un outil essentiel. L'implication du citoyen à la sécurité est la garantie d'un état moins policier.
Nous voulons réussir ensemble, forts de nos différences. Nous vivons dans un pays où l’engagement de milice est une valeur qu’il s’agit de conserver. L’armée a besoin de professionnels, c’est évident, mais elle a aussi besoin de citoyens qui deviennent soldats quand c’est nécessaire. Faire son service militaire constitue l’une des manières de contribuer au bien-être de la société dans laquelle nous vivons. J’insiste sur le mot « notre », pour notre armée. Elle n’est pas un instrument en main de quelques spécialistes, elle est une institution dans laquelle nous avons tous une part de responsabilité, militaires de carrière ou de milice, politiciens ou simples citoyens.

- Mme Susanne Obermayer, Directrice-adjointe de l’Institut de Plurilinguisme et Responsable de la Gestion
L’échange entre la recherche académique et le grand public est souvent évoqué dans les discours. Aujourd’hui, cet échange est réalisé !
Depuis sa fondation, l’Institut se consacre principalement aux questions majeures de sa discipline : le processus d’acquisition des langues étrangères (le plurilinguisme dit « individuel »), les enjeux de l’enseignement des langues étrangères ainsi que le plurilinguisme en tant que phénomène social (le plurilinguisme dit « institutionnel »).
« Les activités de notre Institut ont récemment été couronnées de succès ! » a déclaré Mme Susanne Obermayer en présentant les principales dispositions de la nouvelle Loi fédérale sur les langues nationales et son Ordonnance d’application. En effet, l’Institut, en tant que Centre de compétences fédéral, fournira dès l’an prochain des prestations en matière de recherche appliquée à l’Office fédéral de la Culture.

- Colonel EMG Jürg Gschwendtner, Cher du personnel de l'armée J1 (en remplacement)
Le Colonel EMG Jürg Gschwendtner, Chef du Personnel de l'armée (en remplacement), a évoqué, par la présentation des chiffres, les nouvelles structures, diminution des effectifs ainsi que les problèmes actuels et futurs dans la gestion du personnel de milice.

- M. Raphaël Berthele, Membre du Directoire de l’Institut de Plurilinguisme et Professeur ordinaire à l’Université de Fribourg
Les discussions en Suisse sur le Plurilinguisme sont souvent basées sur des vécus anecdotiques et non des données quantitatives
Les études présentées par le Professeur Raphaël Berthele ont également mis en lumière la pression grandissante sur les petites langues et mis fin à un certain nombre de clichés largement répandus en Suisse romande. L’érosion du territoire romanche au profit de l’allemand a notamment pu être concrètement constatée par le public.
Au terme de la présentation, le public aura pris conscience de renoncer « aux allants de soi » au moment d’évoquer les problématiques de Plurilinguisme.

- M. Luigi Pedrazzini, Conseiller d'Etat TI
Le manque de respect des minorités linguistiques est un problème pour la Suisse
Le cas de l’armée est certes un peu différent, mais le Conseiller d’Etat a mis en exergue les soucis d’une entité qui a perdu, au Tessin, ses alliers historiques qui étaient l’économie et les partis politiques au Tessin. Et alors qu’elle doit composer avec moins en moins de soutien, l’armée génère encore beaucoup d’emplois au sud des Alpes.
Luigi Pedrazzini a également mis le doigt sur la situation complexe des militaires originaires de son canton, souvent intégrés dans des bataillons ou aucun chef et peu de collègues parlent l’italien. La perte d’identité régionale est également un problème au sein de l’armée suisse.En conclusion, Luigi Pedrazzini a estimé que le manque de respect des minorités linguistiques telles que l’italien n’est pas un problème pour son canton ou les autres minorités, mais bel et bien un problème pour la Suisse. «Car on parlera toujours italien au Tessin, parfois même mieux qu’en Italie», explique-t-il. Par contre la Suisse, en ne valorisant pas son plurilinguisme et ses différentes cultures, est en train perdre de son identité.

- Mme Gabriele Wittlin. Etudiante en Master de l’Université de Fribourg
Le potentiel plurilingue de l’Armée est bel et bien présent sur le terrain !
Mme Gabriele Wittlin est venu partager les premiers résultats de son étude menée dans les casernes de Bière, Kloten et Fribourg sur les pratiques plurilingues des recrues et des sous-officiers de l’Armée suisse. Réalisée dans le cadre de son mémoire de master, cette étude a porté sur un échantillon de 113 recrues et 136 sous-officiers.
L’objectif de cette étude étant de vérifier la bonne application et l’applicabilité du Règlement de service en matière de plurilinguisme. Ce document s’avère en la matière relativement exigeant en stipulant, par exemple, que l’instruction doit être réalisé dans la mesure du possible dans la langue du subordonné et à l’aide de la langue littéraire.
Les principales problématiques adressées par l’étude ont été de comprendre les compétences linguistiques nécessaires pour des sous-officiers par rapport à leurs responsabilités d’instruction ainsi que de constater les réactions des recrues par rapport aux problèmes de compréhensions linguistiques.
L’Armée suisse est-elle donc plurilingue ? Les constatations de l’étude menées par Mme Gabriele Wittlin le démontrent et l’enthousiasme des troupes est bien présent ! Toutefois certaines perspectives d’amélioration sont également des aspects qu’il faudra traiter dans le futur afin de s’assurer que les soldats peuvent démontrer toutes leurs qualités sans que le plurilinguisme soit une barrière.

- M. Dominique De Buman, Conseiller National et Vice-président du PDC Suisse
Le cœur et la raison
D’un point de vue politique et historique, Monsieur de Buman a relevé que le problème des langues en Suisse était relativement récent. Lors de la fondation du pays en 1291, la Suisse était en effet que germanophone. Ce n’est qu’au 19e siècle que le français et l’italien sont apparus l’arrivée des cantons romands et du Tessin. En outre, au sortir de la deuxième guerre mondiale, la croissance de l’anglais est venue encore un peu changer la donne dans le débat linguistique, notamment à l’école.
Dans le cadre de l’armée, Dominique de Buman estime qu’il faut, dans la mesure du possible, mélanger les troupes et les cultures pour consolider l’identité nationale. Il serait également intéressant d’introduire des cours de langues nationales. Mais si cela doit être une volonté politique, la bonne volonté de chacun est primordiale dans cette problématique.
- exposé Mme Gabriele Wittlin
Publié le : 26.11.2010 | Taille: 8559 Kb | Format: PDF
- Article
Publié le : 29.11.2010 | Taille: 51 Kb | Format: PDF
- Et si l'Armée Suise était plurilingue
Publié le : 13.04.2011 | Taille: 3239 Kb | Format: PDF
- Exposé Col EMG Gschwendtner
Publié le : 11.10.2011 | Taille: 229 Kb | Format: PDF


